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Arthur Rimbaud à sa famille ; lettre autographe incomplète ; 17 novembre 1878
Dernière lettre de Rimbaud en Europe dans laquelle il confie à sa famille l'objectif final de son voyage : atteindre l'Egypte.
Synthèse : Depuis longtemps attiré par les pays chauds, Rimbaud décide de quitter Roche le 20 octobre 1878 afin de rejoindre l'Egypte. Son voyage lui fait traverser les Vosges, la Suisse et le Saint-Gothard. C'est de Gênes, où il écrit cette lettre, qu'il embarquera pour Alexandrie et c'est finalement à Chypre, fin 1878, qu'il trouvera un emploi de chef de chantier au service d'une maison française. Cette lettre incomplète détaille chacune des étapes du voyage et s'attarde surtout sur la traversée du Gothard. (ci-dessous : transcription du fragment manquant de la lettre)
[suite et fin de la lettre de Rimbaud aux siens, Gênes , 17 novembre 1878 ]
[...]
Mais la route se perd. De quel côté des poteaux est-ce ? (Il n'y a de poteaux que d'un côté). On dévie, on plonge jusqu'aux côtes, jusque sous les bras...Une ombre pâle derrière une tranchée : c'est l'hospice du Gothard, établissement civil et hospitalier, vilaine bâtisse de sapin et [de] pierres ; un clocheton. A la sonnette, un jeune homme louche vous reçoit ; on monte dans une salle basse et malpropre où on vous régale de droit de pain et fromage, soupe et goutte. On voit les beaux gros chiens jaunes à l'histoire connue. Bientôt arrivent à moitié morts les retardataires de la montagne. Le soir on est une trentaine, qu'on distribue, après la soupe, sur des paillasses dures et sous des couvertures insuffisantes. La nuit, on entend les hôtes exhaler en cantiques sacrés leur plaisir de voler un jour de plus les gouvernements qui subventionnent leur cahute.
Au matin, après le pain-formage-goutte, raffermis par cette hospitalité gratuite qu'on ne peut prolonger aussi longtemps que la tempête le permet, on sort : ce matin, au soleil, la montagne est merveilleuse : plus de vent, toute descente, par les traverses, avec des sauts, des dégringolades kilométriques qui vous font arriver à Airolo, l'autre côté du tunnel, où la route reprend la caractère alpestre, circulaire et engorgé, mais descendant. C'est le Tessin.
La route est en neige jusqu'à plus de trente kilomètres du Gothard. A trente k[ilomètres] seulement, à Giornico, la vallée s'élargit un peu. Quelques berceaux de vignes et quelques bouts de près qu'on fume soigneusement avec des feuilles et autres détritus de sapin qui ont dû servir de litière. Sur la route défilent chèvres, b?ufs et vaches gris, cochons noirs. A Bellinzona, il y a un fort marché de ces bestiaux. A Lugano, à vingt lieues du Gothard, on prend le train et on va de l'agréable lac de Lugano à l'agréable lac de Como. Ensuite, trajet connu.
Je suis tout à vous, je vous remercie et dans une vingtaine de jours vous aurez une lettre.
Votre ami